Herbert Léonard revient avec un double album, « Déclarations d’Amour », composé d’un premier album dans lequel Herbert chante des chansons qu’il aurait aimé créer à l’époque (« Elle a les yeux révolver », « L’Amour existe encore » ou « La dame de Haute-Savoie ») et un second CD reprenant ses plus grands succès. C’est avec grand plaisir que nous avons contacté Herbert afin qu’il nous parle de ce nouveau projet dans lequel il chante en duo avec Cristina Marocco, Christian Delagrange et Gérard Rinaldi (le best of comprend son duo avec Julie Pietri). Il ne manquera pas non plus de revenir sur l’incroyable épopée de « Pour le Plaisir ». Enfin, Herbert nous confiera également qu’il aimerait beaucoup remonter sur une scène parisienne à la rentrée, après 17 ans d’absence dans la capitale… Notre interview ayant été réalisée avant la disparition de Gérard Rinaldi, Herbert Léonard n’évoquera donc pas celle-ci. IdolesMag : Qu’est-ce qui a donné l’impulsion à ce nouveau projet, « Déclarations d’Amour » ? Herbert Léonard : Il faut bien le dire, en ce moment, c’est la grande mode de demander à des artistes confirmés de refaire des disques en adaptant des chansons des autres. Ça a été aussi le cas, mais d’une autre façon que Gérard Lenorman qui a vendu énormément de disques de son dernier album, en reprenant ses propres chansons, mais en les chantant en duo. Pour moi, ce qui s’est passé, c’est que ma maison de disques, qui sortait une compilation avec toutes mes chansons les plus connues, m’a demandé de faire un double album avec des chansons que j’aurais aimé chanter si on me les avait présentées à l’époque. J’ai donc fait une sélection avec la maison de disques de 12 ou 13 titres. On a fait un choix de chansons d’autres chanteurs que j’ai adaptées à ma sauce.
Ça a été un peu les deux cas. Par exemple, je fais une adaptation de Brel, « Ne me quitte pas ». Par principe, ce sont plutôt des chansons « intouchables » entre guillemets. Mais c’est une chanson que j’ai toujours admirée. Quand on m’a proposé de faire une version un peu moderne de ce titre, je me suis dit « Pourquoi pas ? », et je l’ai fait. Et puis, il y a sur cet album d’autres chansons pour lesquelles j’ai vraiment beaucoup d’admiration, et autant d’admiration pour ceux qui les ont créées. Ce sont vraiment des chansons que j’aurais aimé qu’on me présente à moi, pour que je les crée. Donc, j’en ai fait aujourd’hui ma version. Parmi tous les titres, il y en a qu’on m’a soumis et dans lesquels j’ai pioché, et des choix que j’ai fait personnellement, par rapport à des chansons que j’aime beaucoup. Parmi tous les chanteurs que vous reprenez, certains sont-ils ou ont-ils été des amis ? Oui. J’ai repris une chanson de Marc Lavoine [« Elle a les yeux révolver »], par exemple. Nous nous sommes perdus de vue depuis, mais dans les années 80, nous nous connaissions très bien. Dire que c’est un ami, c’est peut-être un peu fort, mais disons que c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup et qui, je le sais, m’appréciait beaucoup à l’époque aussi. Nos chemins ont divergé depuis, mais c’était un très très bon copain. On retrouve également trois duos sur l’album. Effectivement. J’ai fait un duo avec quelqu’un avec qui j’ai toujours eu envie de chanter et l’occasion ne s’était jamais présentée, c’est Gérard Rinaldi. On le connait surtout comme étant le chanteur des Charlots, mais aussi comme comédien. Il a joué dans pas mal de films, et également au théâtre, parce qu’il est avant tout un homme de théâtre. Il a une voix tout à fait exceptionnelle lorsqu’il chante des choses sérieuses. J’ai toujours voulu faire un duo avec lui et l’occasion s’est présentée avec ce disque-là. Il s’agit d’ « Un Homme Fragile », une adaptation d’un titre d’Iglesias qu’il avait chanté avec le chanteur country, Willie Nelson. J’ai aussi fait un duo avec Christian Delagrange [« À toutes les filles » de Félix Gray et Didier Barbelivien], parce que la chanson s’y prêtait. Et enfin, j’ai fait un duo avec une jeune demoiselle qui avait fait il y a quelques années un duo avec Marc Lavoine, Cristina Marocco. Vous savez, j’aime beaucoup les duos. J’aime beaucoup me confronter à d’autres voix. Ça donne toujours des résultats intéressants.
Avez-vous écarté certains titres au cours de l’enregistrement ? Non. Pas pendant l’enregistrement. Je n’ai enregistré que ce que j’avais choisi. Mais avant l’enregistrement, j’ai écarté des chansons que je n’avais pas forcément envie de faire, bien sûr. On m’a, par exemple, proposé des chansons de Johnny Hallyday, et j’ai refusé. J’ai déjà souffert dans ma jeunesse de la comparaison avec lui, donc je n’ai pas voulu le faire. Et puis, il y a d’autres chansons, comme des chansons de Sardou par exemple, que je n’ai pas voulu adapter non plus. Ça aurait peut-être été bien d’adapter un titre de Hallyday ? S’il n’y avait pas eu toutes ces comparaisons idiotes il y a trente ans, je l’aurais peut-être fait. Et puis, je pense qu’on ne peut pas toucher aux chansons d’Hallyday. Vous allez me demander alors pourquoi reprendre une chanson de Brel… Et je vous répondrai que littérairement parlant et intellectuellement parlant, c’est peut-être plus intéressant à faire et à chanter ! (rires)
On a parfois ce genre de problème-là. Ça m’est arrivé. Vous donner un exemple précis là tout de suite, je ne pourrais pas. Mais effectivement, il existe des chansons auxquelles on hésite à toucher ou d’autres pour lesquelles on a des coups de cœur incroyables, même si ce n’est pas finalement fait pour vous. Ça m’est arrivé dans le passé, mais là pour ce cas précis, je n’ai enregistré que ce que j’ai voulu et que j’ai pu enregistrer. Il y a une fort jolie chanson également sur le disque, c’est « Accepte-moi tel que je suis »… C’est une chanson originale celle-là. Sur les quatorze titres qu’on a choisis, il y a deux chansons originales, celle-ci et une autre. Je trouvais qu’elles cadraient bien avec l’album, au niveau de l’esprit. La mélodie et le texte étaient intéressants, donc, comme je dis toujours, autant créer une chanson quand on a l’occasion de le faire.
Est-ce un regret de n’avoir enregistré que deux chansons originales ? Non, pas du tout. La finalité et le projet de départ étaient de chanter des chansons des autres, mais quand on est arrivé à douze chansons, on s’est dit qu’il restait la place pour deux titres. On a donc décidé de mettre ces deux chansons inédites en plus. En fait, on en a fait trois, puisqu’il y a une chanson à moi que j’avais dans un tiroir depuis très longtemps [« Big O’ »]. L’occasion ne s’était jamais présentée de l’enregistrer. Et donc en fait, il y a onze chansons des autres, et trois chansons qu’on a créées. Cette chanson est un hommage à Otis Redding qui a été et restera toujours mon idole. C’était donc votre idole. Oui, bien sûr ! S’il n’y avait pas eu Otis Redding, je n’aurais certainement jamais chanté. C’est vraiment lui qui a tout déclenché. Ah oui. En réalité, c’est le Rythm’n’Blues, mais dans le Rythm’n’Blues, c’est Otis Redding. Quand j’ai commencé à chanter en soliste, en tant qu’Herbert Léonard parce qu’avant je ne chantais pas vraiment, je voulais chanter du Rythm’n’Blues. Et j’ai commencé par chanter du Rythm’n’Blues en français. J’avais 21 ans, quelque chose comme ça. À partir de 67. D’ailleurs, de 67 à 70, je n’ai quasiment chanté que du Rythm’n’Blues. Après, j’ai dévié un peu plus vers la variété. Le nouvel album est accompagné également d’un best of contenant bon nombre de vos tubes. Ceux-ci ont été remasterisés, mais pas réenregistrés. Non. Ils ont été remixés et remasterisés. On a, par exemple, modernisé un peu les sons de batterie qui commençaient à dater un petit peu. Et on a remodernisé au niveau sonorité, mais pas rejoué.
Ah oui. Je vais prendre un exemple précis : « Pour le Plaisir ». On m’a demandé je ne sais combien de fois si je ne voulais pas réenregistrer le titre ou en faire une nouvelle version. J’ai toujours refusé parce qu’une chanson qui a été un tel tube, on ne peut même plus appeler ce titre un tube, on devrait plutôt dire un standard, les gens ont envie d’entendre la version qui a été créée au départ. Ce n’est pas une nouvelle version qu’ils ont envie d’entendre, c’est la version originale. Alors, on a pris la version originale et on l’a remixée sans changer quoi que ce soit. On a réaffirmé un tout petit peu plus la batterie, pour coller avec le son qu’on utilise actuellement et pas celui qu’on utilisait il y a 20 ou 30 ans. Et ainsi de suite pour les autres instruments. Et puis, ça permet aussi de corriger un peu les défauts qui sont apparus a posteriori en ce qui concerne le mixage de l’époque. On a éliminé ces défauts-là. Comme on dirait en informatique, c’est une mise à jour. Quand vous avez enregistré « Pour le Plaisir », connaissiez-vous Julien Lepers depuis longtemps ? J’ai connu Julien Lepers avec « Pour le Plaisir ». C’est Vline Buggy qui était auteure et productrice du disque. On a connu Julien Lepers comme ça. Il était venu un jour faire entendre quelques chansons et il y avait ce titre dedans. On a tout de suite adhéré à ses chansons ! Quand vous avez entendu cette mélodie la première fois, avez-vous pensé un seul instant que le titre allait faire le carton qu’il a fait ? Nous, très honnêtement, on pensait que ça allait faire un carton, dans le sens où le titre était un titre fort et qu’on croyait en ce qu’on faisait. Mais on n’a jamais pensé que ça ferait un carton à ce point-là. On a été les premiers surpris. Quand on a entendu la chanson, ça a tout de suite fait tilt. On s’est dit qu’il y avait là-dedans tous les ingrédients d’une grande chanson populaire. Et j’insiste sur le terme populaire ! Notre persévérance a prouvé que nous avions raison.
C’est Julien Lepers qui a signé également « Amoureux Fous », votre duo avec Julie Pietri. Vous ne l’aviez plus chanté depuis des années, et là, vous l’avez rechanté à la télévision récemment. Pourquoi aviez-vous laissé cette chanson en chemin ? Nos routes se sont séparées avec Julie. On avait fait cette chanson ensemble parce qu’à l’époque, ça nous paraissait intéressant de créer un duo. Et en plus, Julien Lepers avait la chanson qu’il fallait. On aurait peut-être pu continuer l’aventure, mais Julie, à cette époque-là, a souhaité faire autre chose. Elle a bien fait puisqu’elle a fait « Ève lève-toi » derrière. Et elle a créé son propre style. Là, on l’a refait dernièrement en télévision parce que l’occasion s’est présentée. Elle ne s’était pas vraiment représentée depuis que nous l’avions créée. Vous avez tout de même enregistré « Orient Express » en duo quelques années plus tard… Oui. On a refait une tentative avec cette chanson-là effectivement, qui était, nous semblait-il, une « suite logique » entre guillemets à « Amoureux Fous ». Mais c’est mal tombé parce que j’étais à cette époque-là produit par les éditions de TF1 qui ont mis la clé sous la porte à peine le disque était-il sorti. Dès que le disque est sorti, ils ont décidé d’arrêter la production de disques et la promotion. Donc, le titre est un peu passé à l’as. Qui sait, cette chanson serait peut-être devenue un tube aussi si elle avait vraiment été exploitée… Vous avez joué le rôle de Frollo dans « Notre-Dame de Paris ». Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ? Magnifique !
Aimeriez-vous recommencer ? Ah oui ! S’il y avait un rôle comme ça qui se présentait à moi, je n’hésiterais pas à le faire. Ce qui est sûr, c’est que je ne peux plus me permettre de jouer les jeunes premiers ! (rires) Donc, il faudrait un rôle qui corresponde à mon âge et puis aussi un rôle qui ne serait pas non plus un rôle trop romantique. Ce qui me plaisait dans le rôle de Frollo, c’est que c’était un prêtre qui était foncièrement maniaque et méchant. Ça me plaisait beaucoup de jouer un rôle de méchant. Et puis, surtout, les chansons qu’il y avait à chanter m’intéressaient énormément. Vous qui avez l’habitude de partager vos émotions sur scène, n’est-ce pas trop difficile d’évoluer sur scène dans un rôle bien défini ? Je pensais que ça serait plus difficile que ça ne l’a été. Ça n’a pas été facile au début. Au début, j’ai dû changer de personnalité, j’ai dû oublier Herbert Léonard en tant qu’Herbert Léonard, j’ai dû oublier mes tics vocaux (on a tous notre personnalité vocale) et entrer dans la peau de quelqu’un d’autre et chanter des chansons que je n’aurais forcément pas chantées en tant qu’Herbert Léonard. Ça a été une expérience vraiment très enrichissante. J’imagine que jouer un méchant comme Frollo, ça doit être extrêmement jouissif. Ah oui. Je n’osais pas le dire, mais c’est excellemment jouissif.
« Déclarations d’Amour » va-t-il vivre sur scène ? Je sais par expérience que quand je fais un gala, les gens qui viennent me voir viennent surtout pour entendre les chansons qu’ils ont envie d’entendre. Donc, chanter les 14 nouvelles chansons de cet album dans un spectacle, non, je ne peux pas le faire. Mais en intégrer certaines dans mon tour de chant, oui. Il est question que je fasse peut-être une salle à Paris à la rentrée. Ce n’est pas du tout sûr parce que c’est extrêmement difficile de trouver des dates à Paris. Mais si la chance me sourit, oui, je ferai une salle à Paris pendant deux ou trois jours et je présenterai une partie de ce nouvel album, c’est sûr ! Avez-vous déjà une idée de salle ? On cherche à faire l’Alhambra, pour tout vous dire, mais c’est une salle très courue. Et ce n’est pas évident de trouver des dates libres. Mais j’ai un producteur qui y travaille ! Vous savez, je n’ai pas fait de scène à Paris depuis 17 ans. Alors, ce serait peut-être le moment d’en faire une ! Si ça ne se fait pas à la rentrée, ce sera peut-être en début d’année prochaine.
Le métier n’est pas trop enclin à faire ça aujourd’hui… Quand les maisons de disques décident de dépenser de l’argent pour créer un nouvel album, c’est en règle générale pour favoriser les jeunes talents ou pour essayer d’en découvrir. En ce qui me concerne moi, pour le moment, il n’y a rien qui se précise à ce niveau-là, mais pourquoi pas ? On ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait… Quel regard jetez-vous sur l’évolution de votre métier ? J’ai commencé à chanter en 67. C’était une décennie super. On avait des directeurs artistiques qui découvraient les talents et qui donnaient leur chance aux jeunes quand ils en avaient sous la main… ce qui a totalement disparu aujourd’hui. Il n’y a plus de directeurs artistiques dans les maisons de disques, il n’y a plus que des gestionnaires… Qui vous a le plus marqué dans la chanson française ces dernières années ? Pour moi, il y a De Palmas et Maé. Ce sont les deux pour lesquels j’ai le plus d’affinités et que j’ai le plus envie d’écouter. Ce sont des gens qui font quelque chose d’original et qui restent dans l’esprit de la variété traditionnelle. Je ne suis pas contre des gens comme Bénabar, parce qu’au niveau des textes, ils amènent des choses intéressantes, ou Zaz, elle fait partie d’un courant actuel, mais je reste sur Maé et De Palmas… Propos recueillis par IdolesMag le 8 février 2012. -> Site officiel : http://www.herbert-leonard.fr/ Tweet |
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