David Parienti a 34 ans. Il sort aujourd’hui son premier album dans lequel il évoque la nouvelle donne dans les rapports amoureux, plus dans l’instant que dans la durée. Une certaine forme d’hédonisme aussi. Nous avons donc été à sa rencontre afin qu’il nous explique pourquoi cet album a mis tant de temps à voir le jour et dans quelles circonstances il a été créé. Nous reviendrons également avec lui sur son parcours et son duo avec Ginnie Line il y a quelques années. IdolesMag : Tu as 34 ans et ton premier album sort véritablement aujourd’hui. Que s’est-il passé ? Tu n’étais pas prêt ? Des problèmes pour trouver un label ?... David Parienti : C’est une longue histoire. Il faut savoir que ce n’est pas mon tout premier album. Il s’agit d’un troisième album, en fait. Le premier n’est pas sorti et le deuxième a mis tellement de temps à voir le jour, qu’on l’a un peu laissé tomber. J’ai toujours eu des labels… j’ai un long historique en ce qui concerne les labels ! (rires) J’ai d’abord été signé sur le label NRJ Music. Ensuite, je suis passé chez Warner France. Et là, j’arrive chez My Major Company. Comment te retrouves-tu aujourd’hui chez My Major Company ? Quand je suis arrivé chez Warner, il était question que je sorte un album de douze titres, des titres que j’avais composés dans la continuité. Et en pleine promo de cet album, il se trouve que j’ai eu l’opportunité de faire un duo avec une chanteuse, Ginnie Line [« Ça ne se commande pas »]. Le titre a été pas mal radio diffusé. Il était vraiment loin de l’esprit et du style de musique qui était le mien à l’époque. J’ai perdu beaucoup de temps avec ce duo… Ce duo t’avait-il été imposé ? Il ne m’avait pas vraiment été imposé. On m’avait laissé entendre que ça me servirait de « tremplin médiatique » entre guillemets, histoire de ne pas arriver tout seul sur les ondes, qu’on m’ait un peu identifié en amont. C’est la raison pour laquelle j’ai été amené à le faire. Il se trouve qu’en termes de promo, ça m’a pris la moitié d’une année. Et dans ces six mois-là, j’ai évolué d’un point de vue personnel et donc musical. Je n’écrivais plus tout à fait les mêmes musiques, et plus tout à fait sur les mêmes thèmes. Tu sais, quand on est auteur/compositeur, on évolue avec soi-même. C’est notre vie de tous les jours qui nous fait évoluer musicalement. Et il se trouve que dans ces six mois-là, j’ai vraiment beaucoup changé. Du coup, j’ai composé dans une veine différente. Ma manière de composer et d’appréhender les textes a fortement évolué à ce moment-là. À tel point que je n’assumais plus les chansons pour lesquelles Warner m’avait signé deux ans auparavant. On n’est pas tombés d’accord sur l’esprit des nouvelles chansons. J’ai donc quitté Warner avec mes nouvelles chansons, dont j’étais très fier, sous le bras. J’ai rapidement fait le tour des labels, et My Major Company était partant pour ce nouvel album. Ils m’ont signé. Je trouvais la formule intéressante. C’est quelque chose de nouveau ce système grâce auquel un artiste peut être confronté d’emblée aux retours du public avant même la sortie de son album… ça me convenait. Je suis monté dans le train et j’ai tenté l’aventure.
En fait, l’album a mis beaucoup de temps à sortir pour deux raisons. La première, c’est qu’en studio, je suis quelqu’un d’assez perfectionniste d’une manière générale. J’aime bien mener à bien les idées que j’ai dans la tête, les photos que j’ai en idéal, ce que je m’étais fixé en termes de couleur musicale. C’est vrai que ce n’est pas évident de gérer plein de gens en même temps en studio. Les musiciens d’un côté, l’ingé son de l’autre. J’ai donc mis pas mal de temps à obtenir ce que je voulais en termes de sonorités. J’y suis enfin parvenu et je pense que c’est le principal. Il vaut mieux prendre le temps pour atteindre ses objectifs et sortir quelque chose de bien, dont on est fier et qu’on assume, plutôt que de se précipiter et d’avoir comme priorité de sortir vite. La deuxième raison, c’est qu’une fois qu’un album a été mixé, il y a tout un travail de ciblage à effectuer. Les internautes producteurs ne sont pas la seule cible, et en plus, ils sont difficilement identifiables puisque très différents les uns des autres. Il a fallu le temps d’identifier le public auquel cet album convenait. Et cette phase a pris énormément de temps. Après ça, il y a eu le temps du développement de la promo. Le seul gros problème, et qui fait qu’on est malheureusement fort souvent retardé, ce sont les diffusions radio, dont on dépend. On a essayé un single, puis deux, puis trois. Certains titres ont eu un accueil assez moyen dans les radios… On est dans un projet moins « mainstream », moins grand public, peut-être un peu plus spécifique, parce que c’est un album qui connait un peu de subtilité. Et c’est tant mieux pour l’album artistiquement, mais ça l’est un petit peu moins pour les radio diffusions… Donc, tout ça a pris beaucoup de temps… Écris-tu en permanence ou bien assez peu ? Ça dépend des fois… J’ai des périodes où j’ai des gros flux d’inspiration et puis d’autres pas du tout. Je ne suis pas sûr que j’aie une réelle constance à ce niveau-là. C’est très aléatoire. C’est instinctif et spontané.
Pour ces trois chansons-là, j’ai vraiment fait le choix de les chanter. Il faut savoir que j’aime très peu de choses dans la musique française. Et quand je dis très peu de choses, ça veut dire pratiquement rien. Et il se trouve que j’ai eu un coup de cœur pour ces trois chansons. Je regrettais vraiment de ne pas les avoir composées moi-même. À l’époque, je suis tombé sur ces chansons par le fait du hasard. Je ne pensais pas du tout les chanter un jour mais je les trouvais vraiment dans l’esprit de l’album que j’étais en train de faire. Et voilà… comme j’aurais pu composer des chansons dans cette veine, j’ai demandé à mon manager, Yvan Coriat, qui était également le manager de David Keler, de nous mettre en relation. Ça s’est fait tout naturellement, et lui-même m’a proposé de chanter ses chansons. Il trouvait également qu’elles s’intégraient bien à l’album. Je les ai donc prises avec moi. Après, je les ai réalisées pour qu’elles soient encore plus en homogénéité avec les autres. Tu as co-écrit certains textes avec Yvan Coriat et Serge Parienti également. Oui. C’était plus dans l’esprit de préciser certaines phrases. Au départ, j’ai écrit tous mes textes de but en blanc. Et puis, après coup, sur certaines phrases et certains mots, je n’étais pas très sûr de la formule ou de la manière de les écrire. Je manquais peut-être de précision par rapport à ce que je voulais vraiment dire et à l’idée que je voulais dégager. À ce moment-là, j’ai fait appel à Yvan Coriat, qui est extrêmement lettré. Il est venu en renfort sur certaines phrases et certains mots. C’est donc plutôt un petit coup de pouce ponctuel… … qu’une vraie co-écriture, effectivement !
Oui ! Qui est sa fille d’Yvan d’ailleurs ! Pourquoi l’as-tu choisie, elle ? Parce que je trouvais qu’elle était remplie d’une certaine candeur, ce qui correspondait un petit peu au texte et au « rôle », entre guillemets, que devait tenir la chanteuse du duo. Je voulais une jeune fille un petit peu légère, invertie et très candide. Sa voix exprimait bien ça. Elle correspondait pas mal à l’idée que je m’étais fait. Et puis, ça a été une évidence parce qu’elle était dans le studio au moment où je me demandais avec qui j’allais chanter cette chanson. On a fait des essais et ça a collé tout de suite.
Il est beaucoup question d’amour dans cet album… Est-ce que c’est un sujet inépuisable pour toi ? Je ne dirais pas inépuisable parce qu’on en vient souvent à bout et puis chacun s’en fait assez rapidement une religion à beaucoup l’observer. Moi, en ce qui me concerne, c’est un thème que je n’ai pas fini d’épuiser. Parce que premièrement, dans cet album, je m’exprime sur les conclusions qui émergent d’une observation quant à l’amour d’aujourd’hui. Je m’applique à mettre en lumière cet amour d’aujourd’hui qui me semble être un nouvel amour. L’amour me semble avoir changé de langage ces dix/quinze dernières années. Il prend une nouvelle forme. C’est encore un amour un peu sans visage. On ne sait pas encore vraiment où ça va. Et on sent bien, en tout cas moi je le sens, que c’est une époque amoureuse qui semble prendre congé d’elle-même et basculer vers un avenir sans visage. Et il me tenait à cœur à travers cet album, de souligner ce carrefour amoureux en faisant une espèce de focus sur ces jeunes gens et leur manière de concevoir leurs histoires de couple et leurs sentiments amoureux. Puisqu’il semble aussi par ailleurs que c’est un peu la fin du couple dans la forme telle qu’on le connaissait jusqu’à aujourd’hui. Il y a une espèce d’idéologie qui sort de là qui me fait penser à un certain hédonisme, un courage de vivre la vérité des choses, d’aller prendre l’inépuisable de chaque moment à vivre, le vrai, l’essentiel. Il me semble que les jeunes gens d’aujourd’hui, et notamment les filles, puisque j’ai plutôt affaire aux filles dans ma vie sentimentale (rires), ont ce courage de la vérité. Ils ont cette hyper conscience que la vie ne tient qu’à un fil aujourd’hui sur différents axes, et que par conséquent, il est urgent de vivre non pas ce qui reste et ce qui est censé durer, mais en tout cas ce qui va laisser véritablement quelque chose de fort, du souvenir. Et surtout, l’émotion. On est dans une époque selon moi, où amoureusement, puisqu’on parle d‘amour, il est important de vivre uniquement ce qui a trait à l’émotion, à l’émotionnel, à l’exaltation. Cette fille d’aujourd’hui que je mets en lumière à travers tout cet album est un petit peu la muse et la source de l’inspiration de beaucoup de mes textes. On peut la retrouver aussi bien dans « Ma ritournelle », cette fille qui cultive l’art du partir-revenir et qui est une espèce d’écorchée vive de l’amour, que dans « Spiderman & Catwoman », cette fille qui est en train de brûler sa vie par tous les bouts, qui profite en prenant les plaisirs subtils quand ils passent à portée de main dans son champ des possible et qui n’a aucune perspective de construction avec une seule et même personne. Je pense que ça reflète bien l’état d’esprit des gens aujourd’hui. Et donc, oui, tout ça parle d’amour, évidemment.
En fait, c’est un morceau qui est un peu entre deux styles. C’est un morceau que j’ai composé un peu avant les autres. Donc, il est encore empreint de mon écriture d’avant, de quand j’étais encore chez Warner. Et ma fois, il y a eu une tentative de le ramener vers le présent et de lui donner un peu la couleur globale de l’album. Je doutais vraiment qu’il puisse s’intégrer aux autres chansons. Je me suis demandé une fois l’album terminé s’il valait mieux le mettre ou non parce que je trouvais qu’il ne correspondait pas vraiment aux autres titres, qu’il allait ailleurs. C’était donc un morceau un peu transitoire, si tu veux. Il se trouve que mon entourage artistique m’a encouragé à le mettre sur l’album. On a donc essayé de trouver une formule pour qu’il s’y intègre, et le ghost track était une idée séduisante… Qui écoutais-tu quand tu étais ado ? Avais-tu des idoles ? Des idoles ?... Je ne sais si on peut vraiment parler d’idoles. Je n’allais pas jusqu’au stade de l’idole. En tout cas, je ne crois pas. Je ne pense pas avoir été un jour super fan de qui que ce soit. J’étais plus « fan » entre guillemets de chansons ou de parties de musique de films. Fan de musique au sens global en fait. Il y avait tout de même des groupes américains que j’aimais bien, et notamment le groupe Kansas que j’ai énormément écouté. Je n’étais pas fan d’eux, j’étais fan des chansons qu’ils avaient composées. Il y a une nuance qui est importante !! J’étais plus fan de chansons de façon globale et je faisais mon marché à droite et à gauche dans des styles très différents. Ça allait du classique, du Bach, à l’Adagio d’Albinoni, en passant par de l’Opéra, du Puccini, du Rossini, du Haendel, Ravel, etc… – je pourrais t’en citer des tonnes ! – jusqu’à certaines parties de comédies musicales de Broadway, je pense à « Cats » ou « West Side Story », qui est pour moi la plus belle œuvre jamais composée musicalement. Comme tu vois, plein de musiques différentes ont bercé mon imagination. C’est extrêmement éclectique. Extrêmement, oui ! Les premières compos et les premiers textes datent de quelle époque ? Les premiers textes sont venus très tard. Pendant longtemps, ils n’avaient pas la moindre importance pour moi.
C’est étrange. Pourquoi ? Parce que je considérais qu’ils noyaient les mélodies, qu’ils ne les servaient pas suffisamment, qu’ils ne les mettaient pas assez en valeur. Et aujourd’hui… c’est un peu l’inverse. C’est marrant. Comme quoi, ce genre de choses, c’est assez subversif. Aujourd’hui, je fais gaffe à ne pas composer des mélodies trop alambiquées, trop importantes, par peur de gâcher le sens du texte. De la scène est-elle prévue ? On est en train d’en parler et d’organiser ça avec ma maison de disques. On cherche un tourneur. Dans mon style de musique, qui est résolument pop, on n’a pas le choix que d’attendre des diffusions radio. Mais on a très bon espoir. Là, on va tourner le clip de « Ma ritournelle », qui est le premier single officiel. On le tourne la semaine prochaine. Je vais le réaliser moi-même…
Oui, tout le travail de cinéma m’intéresse beaucoup. J’ai fait mes premières armes dans une école de musique à New-York et j’ai fait là-bas quelques passages par l’Actor Studio. J’ai touché un peu au métier de la réalisation, du cadrage… C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Je voulais être chef opérateur au départ. Donc, là, je vais réaliser ce premier clip. La scène, est-ce quelque chose que tu attends avec impatience ? Pas avec impatience, non. Comme le travail de studio, c’est quelque chose qui se travaille beaucoup en amont. On n’arrive pas sur scène comme ça avec sa guitare. C’est quelque chose qu’il faut vraiment lécher. C’est un travail qu’il faut prendre très au sérieux parce qu’il faut amener le public qui a aimé les chansons sur un album à aimer ces mêmes chansons, mais différemment. Donc, il faut proposer quelque chose de vraiment qualitatif dans une veine différente… Propos recueillis par IdolesMag le 18 avril 2012. Tweet |
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